36h à Siem Reap

27 février 2014 at 15:08 4 commentaires

36 heures à Siem Reap

« You want lady to massage you ? ». Ca ne fait même pas une heure que je suis à Siem Reap. Le chauffeur se marre après m’avoir jeté cette phrase qui sonne comme un « Comment allez-vous ? ». Je réponds agacé que je vais à mon hotel, c’est tout. Allons, allons, on se calme, plus que 35h à tenir.

Le vol de Phnom Penh vers Siem Reap dure moins d’une heure. Cambodia Angkor Air fait de son mieux pour servir chacun de ses passagers. Je dois rencontrer quelques clients dans la ville proche des temples d’Angkor. Il est vrai qu’après plus de 4 ans d’expatriation au Cambodge, le bus et les tuktuks relève plus de la galère cambodgienne plutôt que du folklore local. Mais j’ai beau être bronzé, parler un khmer basique et avoir du Sinn Sisamouth sur mes playlists, je reste un blanc, le touriste, le « lady massage boom boom sir ».

Je dois rester quelques heures après l’atterrissage de mon vol à l’aéroport international de Siem Reap. Une fois mes impératifs professionnels terminés, je sors attraper un taxi. Personne. Je demande à un gardien où je peux trouver un taxi. Il me demande si je veux prendre un tuktuk. Je lui redemande où je peux attraper un taxi. Pas de taxis. Dommage. Je vais attendre. Un petit 4×4 s’approche de moi : « Where you go sir ? ». Un jeune homme témoin de mon désarroi s’improvise taxi. Je lui donne l’adresse de mon hotel qu’il acquiesce par un « OK I know ».

Sur la route, il me demande d’où je viens, m’explique je suis « very handsome » et que « khmer girl will fall in love with you » parce que je porte des costumes. Cool. Heureusement que je n’ai pas mis de cravate, sinon c’était l’émeute. La conversation continue sur les sujets fondamentaux de la vie : l’argent, les grosses voitures, les grosses maisons, l’argent, lady massage boom boom, l’alcool, les temples, l’argent … Tiens ? On est arrivé à mon hotel. Dommage, cette conversation était passionnante.

J’entre dans le lobby de l’hotel. Touristes et personnel s’arrêtent de parler : et oui, je porte un costume. Je m’approche de l’accueil. Le réceptionniste me fait remarquer que « very handsome » et que « khmer girl will fall in love with you ». C’est génial. Il me conduit vers ma chambre. Quand il l’ouvre, une dizaine de moustique se mettent à tourbillonner au-dessus du lit. Je regarde le réceptionniste qui se met à rire la main devant la bouche. Il revient quelques instants plus tard avec une raquette anti-moustiques et commence à faire de grands gestes en sautant dans la chambre. Il fait de longs mouvements. Revers, coups droit, service. Le Pete Sampras du royaume khmer est devant moi. Il quitte ma chambre. Je suis enfin seul. La pièce est glaciale. Je me penche sur la table de nuit et saisis la télécommande de la climatisation qui indique 16°C et puissance maximum. Je n’arrive pas à éteindre l’appareil. J’appelle le réceptionniste : « You don’t like cold sir ? ». En fait, on s’en fiche de ce que j’aime. Je veux juste éteindre la climatisation : « I put 30°C and slow slow for you ok ? ». Je lui demande simplement de l’éteindre : « Cannot sir, customer always want air con, why you don’t want ? ». C’en est presque ma faute. Mais qui est ce Français qui débarque à Siem Reap en costume, qui n’est pas intéressé par les lady massage boom boom et qui ne veut pas la clim’ dans sa chambre. Et ce n’est pas fini, je souhaiterai aussi avoir dans ma chambre des serviettes, un verre ou deux, des cintres et du savon. Bref, vu que je dépense la moitié d’un salaire cambodgien, je voudrais que ma chambre soit prête quand j’y pose ma valise. Une heure plus tard, on frappe à ma porte. Une jeune femme m’apporte des serviettes et du savon : « Enjoy your cleaning, sir ». Merci ?

Les derniers rayons de soleil disparaissent. Le personnel de l’hôtel aussi a disparu. J’aimerai bien rejoindre mes amis. Mais personne à l’accueil. A force de crier « S’il vous plait » plusieurs fois, un employé arrive en courant tout en chaussant ses claquettes (technique locale que l’on peut juger comme comportement ridicule d’un point de vu occidental) : « Oh ! Sir you go out ? ». Je lui donne ma clé et lui demande de m’appeler un taxi : « Oh ! No taxi sir. Only tuktuk. ». Le problème quand on porte des lentilles (au delà de l’épreuve d’en acheter), c’est que la poussière est votre pire ennemi. Mais le jeune homme de l’accueil me rassure, ce sera le même prix qu’un taxi. Tant mieux. Je monte dans le tuktuk en demandant au chauffeur de m’emmener doucement, sans s’engouffrer dans les nuages de poussières, à ce restaurant, où je dois rejoindre mes amis de Siem Reap. Le chauffeur se retourne vers moi et tout sourire : « I know good place for lady massage boum boum very good for you my friend. You want ? ».

Finalement, c’était une belle soirée. J’arrive à l’accueil de l’hotel. Toutes les lumières sont éteintes. Personne. Je tape sur le bar en bois de l’entrée. Au loin, un chien aboie. Je fais le tour de l’hotel. Un gardien dort caché derrière une moto. Je le reveille. Il ne comprend pas ce qu’il se passe. Je lui explique que je souhaiterai, moi aussi, dormir. Il s’en va sans rien dire. Quinze minutes minutes plus tard, un jeune homme s’approche de moi, mécontent qu’on l’ait réveillé : « Your room ? Number number ? », ce qui signifie : « Bonsoir Monsieur, nous sommes très heureux de vous revoir. Avez-vous passé une belle soirée dans notre capitale historique ? Voici votre clé ».

Onze heures. Je me reveille mal, un souffle chaud sur la plante de mes pieds. C’est la climatisation à 30°C « slow slow for you ». Je réclame que mon check-out soit prêt dans 10 minutes, avec un taxi pour l’aéroport bien entendu. A l’accueil, on me demande si je me suis servi dans le minibar. J’explique que non, puisque le réfrigérateur n’était pas en état de marche, contrairement à la climatisation. Je demande où est mon taxi : « Wait wait, taxi no have ».

Je dois avouer que j’aime beaucoup Siem Reap, c’est une ville très sympathique, remplie d’histoire, d’expatriés et de verdure. Dans l’avion, je m’endors loin de la poussière de la route. Je rêve du Siem Reap de demain, avec des taxis, des télécommandes de climatisation et … Un Chinois s’assoie bruyamment à côté de moi. Il me demande d’où je viens, ce à quoi je réponds : « Je viens de m’endormir ». Après m’avoir montré toutes les photos immondes et inutiles qu’il a prises avec sa tablette numérique, il me dit qu’il adore le Cambodge et qu’il reviendra, surtout pour les lady massage boum boum. Je pose ma tête contre le hublot, faut vraiment que j’essaye.

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20°C à Phnom Penh Etre hospitalisé à Phnom Penh

4 commentaires Add your own

  • 1. loïc morin  |  28 février 2014 à 21:14

    Excellent! Très drôle. Très bien écrit. Très très drôle. Très très bien écrit. C’est du Champagne ! C’est un grand plaisir de lire, et de relire cette chronique… qui n’est qu’un passage de la vie, de votre vie, c’est-à-dire 36 heures seulement de la vie… Il s’en passe des choses, pour un Jean-Benoît Lasselin, en 36 heures!!! Par contre, pour moi, en 36 heures, il ne se passe rien, ou pas grand chose…
    Je n’ai malheureusement pas le talent nécessaire pour vous faire une bonne critique digne de ce nom. Il faudrait laisser faire cela à de vrais critiques, dont c’est le métier. Tout ce que je pourrais dire, et seulement ajouter, c’est que:
    …( comme pour Mozart ) le silence qui suit la chronique de Jean-Benoît Lasselin, est aussi de Jean-Benoît Lasselin. :) ;)

    L.Morin

    Réponse
  • 2. de La Rochefoucauld  |  25 mars 2014 à 11:39

    Très drôle, fin et délicat!

    Réponse
  • 3. acessem  |  4 mai 2014 à 23:07

    Bravo pour ce récit presque photographique. Agréable à lire. Cela fait eVoyager. J’ai ajouté un lien dans mon billet « Les regards sur la planète de nos webamis Expatriation. http:// ow.ly/3k1u91

    Réponse
  • 4. Virgil Beldie  |  10 juillet 2014 à 13:58

    Bof bof , j’ai pas réellement compris quelle est le but de ce texte , t’as été oblige de voyager dans ce pays si oui je comprend mieux sinon on ce demande que fait vous LA ,,,??? mais DANS CE PAYS IL Y pas QUE LES PROSTITUÉES, ouvre bien les yeux avant de critiquer …………. bof bof le pseudo expatrié qui a donne son avis ……….. change de bulot et parte ailleurs … hi hi hi

    Réponse

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