Ca fait bizarre

30 décembre 2012 at 12:02 16 commentaires

Ca fait bizarre

En moins de 24h, il fait froid, les gens s’affrontent du regard, chacun sa vie, l’autre dérange, le RER est plein de visages qui ne sourient pas, le ciel est gris et la dame de la RATP souffle parce que mon titre de transport n’a pas été validé correctement. Ca fait bizarre de rentrer en France.

Quand on atterrit à Phnom Penh, le personnel joint les mains et se penche en nous souhaitant la bienvenue au Royaume d’Angkor. Quand on sort de l’avion à Paris, le personnel claque des mains en criant « Aller aller, passeports, on se dépêche, c’est fini les vacances ! ». C’est le premier contact avec la France, la première impression. C’est très bizarre comme on est reçu en France. Je n’apprécie pas du tout. A trop vivre au Cambodge, on perd l’habitude de se faire traiter comme du bétail par des petits chefs. Je pense qu’il faudrait ouvrir des zones de transitions culturelles à l’aéroport. Une pièce où la température est de 20 degrés dans laquelle les gens regardent le sol en buvant une bière à 11€, une heure, le temps de s’acclimater, de se dire que ça y est, on est en France.

Je pense que c’est en 2012 que j’ai vraiment adhéré aux valeurs cambodgiennes, que j’ai pris beaucoup de recul avec la culture française. Avant, quand le chauffeur de taxi parisien me criait dessus parce que je lui demandais de m’aider à charger mes valises dans son coffre, je lui répondais aussi en criant. Maintenant, je le laisse s’éclater les doigts sur mes bagages et lui lâche un mielleux « Merci beaucoup Monsieur pour votre aide, vous êtes très aimable », un truc bien mesquin, comme au Cambodge. Avant, quand le serveur se faisait attendre au moment de l’addition, je me plaignais à grands coups de « Faut pas être pressé chez vous ». Maintenant, je quitte ma table et laisse le garçon me rattraper dans la rue en le remerciant d’un « Vous aviez l’air d’avoir mieux à faire, vous n’auriez pas dû vous déranger pour moi ».

Je vous rassure tout de suite, je ne me suis pas curé le nez en public ni éructé à pleine bouge dans Paris comme il est très fréquent d’en être le témoin au Cambodge, mais je dois vous avouer que j’ai quand même traversé certaines avenues comme à Phnom Penh ou encore que j’ai refusé plusieurs fois de faire la queue pour dépenser mon argent. Mais cette année, j’ai décidé je ne plus imposer mon expatriation aux autres, de ne plus commencer mes phrases par « Ouais mais au Cambodge » car cette année, j’ai constaté que c’était les autres qui débutait leurs phrases par « Le problème en France ». Nombreux de mes amis veulent s’expatrier. Et ça fait bizarre de partager ce sentiment. La France ne fait plus rêver, la France est devenue l’étranger, un pays pour les vacances. Elle fait fuir sa jeunesse diplômée. Ca fait bizarre d’entendre que ce pays magnifique que je porte au plus profond de moi jette ces nouvelles générations hors de ses frontières. Ca fait bizarre de découvrir que la France devient une vaste maison de retraite que l’on visite que pour les fêtes de fin d’année, histoire de dire bonjour, vérifier que les chauffages chauffent biens, que la bouffe n’est pas trop dégueulasse et que la télécommande marche correctement à l’heure de Drucker.

Ca fait bizarre d’avoir une double culture. On a toujours le choix. Celui de sourire en réponse à la personne qui nous sourit dans le métro ou bien de lui jeter le regard du rottweiler avant l’attaque. Le choix de discuter avec ce monsieur qui mange seule à droite au restaurant ou d’avaler son plat en quatrième vitesse en se foutant de la gueule de ce mec sans amis qui déjeune face au mur. De saluer les gens par politesse ou de dire bonjour au boulanger en le pensant vraiment. Mais là aussi, je vous rassure, j’adore reprendre ma panoplie de parisien et crier un bon « Mais bouge putain ! » à la touriste qui prend des photos au milieu de la place Vendôme en disant à ses enfants « Ici, c’est le place de la Concombre ».

En y réfléchissant, je pense que j’ai fait le choix de la culture cambodgienne car elle m’a appris que ça ne sert à rien de s’énerver, qu’il vaut mieux laisser cela à ceux qui ont du temps ou de l’énergie à perdre. Que c’est par le calme et de grands sourires (mesquins ou pas) que l’on arrive à ses fins. C’est donc avec une humeur cambodgienne que j’ai pleinement profité de la France cette année. Et c’était encore mieux que les années précédentes.

Quand on est un expatrié (statut social) et non un immigré (statut économique), il est nécessaire de faire un tour chaque année dans son pays natal pour ne pas être déraciné, nostalgique ou pire, irrécupérable. Mais cette année, je n’ai fait que passer, juste un concentré de l’hexagone, la crème, l’excellence, et trois menus best of avec des frites et du Sprite s’il vous plaît.

Publicités

Entry filed under: Culture & Loisirs. Tags: , .

Accident de voiture Coup de fatigue

16 commentaires Add your own

  • 1. acapellaone  |  7 janvier 2013 à 16:34

    Bel article; il faut avoir vécu au moins quelques semaines dans ces pays pour bien en comprendre toute sa portée, et surtout bien se dire que l’on forge soi-même son propre destin par la pensée positive… Merci Jean-Benoît, de nous ouvrir les yeux.

    Réponse
  • 2. monda  |  8 janvier 2013 à 00:35

    c est tellement vrai ; je ne connais pas le Cambodge mais je connais d autres pays en Asie. Ne sommes nous pas en France des grands capricieux ? en plus d être considérés comme arrogants ?

    Réponse
  • 3. Jean-Marie David  |  8 janvier 2013 à 19:18

    C’est quand on ne veut plus rentrer qu’on devient vraiment un asiate non ?

    Réponse
  • 4. loïc Morin  |  23 janvier 2013 à 10:22

    Vous savez à quoi ça me fait penser…?   à l’histoire « Le lièvre et la tortue » de La Fontaine, avec, dans le rôle de la tortue, le Cambodge. Le lièvre: les pays occidentaux. Et servant de « mémoire tampon », ou « solution tampon »: la Chine… qui avait dit que la science est aussi utile à l’homme, que la bicyclette l’est au poisson rouge.

    J’aime bien vous lire,
    pas forcément pour les idées que vous développez, restreintes à la vision « pile ou face » d’une même pièce de monnaie ( face: la France , pile: le Cambodge )( et j’essaie… toujours de me projeter dans l’avenir dans 50 ou 100 ans, pour avoir une meilleure compréhension du présent ),
    mais parce que vous me permettez d’accéder au Cambodge, de manière douce, sans choc, ni secousse, par paliers successifs. Parce que…,  si je contacte des cambogiens, surtout si, en plus, ils sont au Cambodge, cela me fait un choc trop grand, car, depuis le temps que j’ai envie de retourner au Cambodge, cela me fait trop mal de voir que je l’ai, à portée de la main, finalement,  sans toutefois pouvoir y aller! Tandis qu’avec vos écrits, il n’y a plus de fossé, ni de dénivellation entre les deux pays, car vous assurez le lien. Pour reprendre votre expression, cela me sert de sas de décompression ( ou d’écluse) pour pouvoir ainsi rêver au Cambodge. Vous avez mis au point la formule qui permet de passer graduellement de la France, au Cambodge ( et inversement). Merci! Ârkoun!
    Pour ma part, j’ai vécu de 63 à 73, au Cambodge. Et , après 40 de France ( ..ou de m.. , c’est selon ), je compte ( enfin) pouvoir bientôt y retourner. Moi aussi.. j’ai envie de devenir « un asiate », comme dit Jean-Marie David! lol!  :)  :)
    Note: Je ne pense pas que les Cambodgiens aient des yeux bridés.. C’est les seuls, dans le secteur, à ne pas avoir les yeux bridés. Les chinois, en plus des yeux bridés, ils ont les cheveux « comme des baguettes ». Les cambodgiens, c’est un peu ondulé. .. Bon. Bref.  :)

    Réponse
  • 5. Jean-Benoît Lasselin  |  23 janvier 2013 à 10:54

    Merci à tous pour vos commentaires. Ca me touche beaucoup.

    Réponse
  • 6. thomas  |  14 février 2013 à 18:39

    Sympas l’article, j’ai vecu ce que tu raconte apès deux ans au Cambodge est c’était pas facile au début et après je sais pas cars j’ai craquer et je suis repartit au bout d’un mois et demi et je regrette pas :-)

    Réponse
  • 7. Alexandra  |  28 février 2013 à 23:31

    Bonjour Jean-Benoît,
    Projetant de partir quelques jours au Cambodge, je suis arrivée sur ton blog. Ce post m’a beaucoup fait rire, il me parle surtout énormément. Je vis en Malaisie, j’ai moi-même créé un site (http://www.easy-malaisie.com), et je comprends si bien ce ressenti et ce regard sur notre autre chez nous, la France. Cette dualité qui nous gagne au fil des mois. Ce côté zen et souriant qui parait si simple ici, beaucoup moins à Paris. A quel point notre Moi d’origine peut aussi vitre reprendre le dessus parfois…
    Je vais parcourir ton blog plus en détails.

    Alexandra

    Réponse
    • 8. Jean-Benoît Lasselin  |  1 mars 2013 à 00:19

      Merci beaucoup pour ton commentaire Alexandra. Il est vrai que la France n’est qu’un mirage pour les optimistes et autres ambitieux. L’hexagone se laisse vieillir et l’Asie du Sud-Est reste à séduire.

      Bon séjour au Royaume khmer et à très bientôt sur Vivre au Cambodge.

      Réponse
  • 9. Loïc Morin  |  17 mars 2013 à 04:21

    Bonjour Jean-Benoît Lasselin,

    Qu’est-ce qu’en est-il… ? :)
    Plus de nouvelles chroniques à se « mettre sous la dent », depuis un certain temps…
    C’est que je commençais à m’y être habitué, et cela, maintenant, crée un certain manque…
    Quand recommenceront-elles « les tribulations d’un J-B Lasselin made in Cambodia » ?!…
    Bonne soirée, et bonne continuation!… :)
    Loïc._

    Réponse
    • 10. Jean-Benoît Lasselin  |  1 avril 2013 à 19:39

      Je sais. J’ai été très occupé. Je vais me remettre en scelle très prochainement.

      Merci pour votre fidélité,

      Réponse
  • 11. saxel  |  7 mai 2013 à 21:57

    C’est tellement vrai … et bientôt ça sera pire ! alors moi aussi j’ai tourné des pages du livre, le livre d’Afrique tout d’abord et maintenant je termine une page sur la Thailande… machine a fric qui me fait découvrir le Cambodge tous les 3 mois pour un nouveau visa… jusqu’au jour ou je resterai au Cambodge …

    Réponse
  • 12. Iznogoud  |  15 novembre 2013 à 04:20

    Completement naze … comme tous les expat plein de sous qui font les bobo au cambodge. Mec un cambodgien il a pas tout ce que toi tu as qaudn tu viens ici car tes un farang et puis c’est tout. J’ai horreur des petits cons comme toi qui font les humanitaires. Sale merde

    Réponse
    • 13. loïc morin  |  15 novembre 2013 à 13:59

      Oouff!… Voilà du débat !!!….
      .
      Aroun Souor Sdei ,
      .
      Sympa.., le commentaire du dessus… Mais ki êtes-vous ?… Français? Khmer?… De toute façon je vous donne raison…
      Mais, personnellement, je pense que Jean-Benoît a un réel talent d’écriture. De plus, c’est à vocation humoristique. Donc, c’est pour rire. ( Comme Guy Bedos, par exemple, en France. D’ailleurs, lui, il a eu des problèmes dernièrement, je l’ai entendu aux infos., parce que maintenant, en France, les politiciens apparemment, sont devenus allergiques à l’humour! Du jamais vu, pour un pays comme la France!!…)   :o    :(
      .
      Donc c’est de l’humour  ( La chronique sur « Sihanouk-ville » en est pleine de « pépites »!… )
      Et aussi, c’est très instructif, pour ceux qui ne connaissent pas le Cambodge!
      .
      Il s’agit d’une… autre… façon, de voir le Cambodge. ( C’est comme les peintres, vous savez..:  chacun peint avec son style. Pourquoi? Parce que —> chacun voit la même réalité, d’une manière différente, avec son propre prisme intérieur. C’est ce qui fait toute la richesse de l’Art. Chacun donne son interprétation personnelle de la réalité. C’est très intéressant. Et,  il y a une « rivalité » permanente, entre Jean-Benoît « l’occidental »… , et le Cambodgien courant, de tous les jours. Ce qui renoue, finalement, avec les vieux dessins animés de « Laurel et Hardy », ou de « Tom et Jerry », où il y a rivalité, oui mais elle est: constructive!!! C’est drôle, et constructif. Il s’agit donc, non pas d’une opposition, mais bel et bien d’une émulation, d’une saine émulation. Tout le monde a donc à y gagner. Voilà mon opinion.
      ( La chronique sur « la Climatisation » est le meilleur exemple pour montrer cette « rivalité » entre J-B « l’Occidental », et la culture Khmère représentée par le chauffeur de taxi, par exemple! J’ai bien rigolé!! On dirait un duo comique, comme.. du « laurel et hardy », ou du « Tom et Jerry », etc, etc..
      .
      Je ne vous donne pas tort, ‘Iznogoud’ !!!…
      Mais il faut reconnaître que J-B est très enrichissant. Il apporte réellement quelque chose. Et c’est toujours agréable de voir quelqu’un, qui prend la Vie, avec humour. Mais bon, tout cela, finalement, ne me regarde pas…  :)
      Vous et J-B, vous êtes en opposition, et moi je voulais tout juste dire, qu’il faut savoir « faire la part des choses »… Voilà.     :)
      .
      .
      À ce propos, j’ai quelque chose de très intéressant à montrer, à ce lien, very very interesting ( une revue à moi ) :
      .
      http://www.imageshotel.org/gallery.php?g=Galerie_Malraux_NouthNarang&u=hammex13
      .
      Vous pouvez voir, dans la 5ème et dernière photo, ce qu’a dit le Ministre de la Culture M. Nouth Narang , en 1996 , à propos de A. Malraux :
       » … M.André Malraux, pilleur de temples, en a fait plus que moi, pour la conservation d’Angkor. ‘La Voie Royale’ est un de mes livres de chevet « !!!!!

      Personnellement j’admire cette logique typiquement cambodgienne, et qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Et c’est justement pour cela, que cet article du « Cambodge Soir » de novembre 1996, fait partie… de mes livres de chevet à moi!!!!!   lol!   :)

      Bonne continuation.

      Réponse
    • 14. Jean-Benoît L.  |  15 novembre 2013 à 16:18

      C’est la première fois qu’on me compare à un « humanitaire ». Faut vraiment que je me ressaisisse.

      Réponse
      • 15. Alain Capella  |  15 novembre 2013 à 23:39

        Comment, c’estpasbon, alors comme ça, on jalouse les expat’?

        Pourtant et par les temps qui courent, ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui fuient cette morosité ambiante taxée d’aigris et de nantis d’alloc’s en tous genres, alors qu’ils n’ont jamais su la valeur du mot « travail »… Ni même visiblement celle du mot « artiste » où pour cela je rejoins Morin…

        Il faut, il est ben vrai, avoir bossé, roulé sa bosse aussi, s’être ouvert sur ce monde qui nous entoure et sur les habitants de la planète qui nous héberge pour en percevoir quelques subtilités, quelques essences qu’il faut savoir apprécier… Quelles qu’en soient leurs origines!!!

        Belle réponse, Morin, tant il est vrai que la critique est facile, seul l’art est difficile…

        Il y aura toujours des « c’estpasbon », des « cestpasbien » de par ce monde où l’on trouve aussi des « cesttoutbon » et des « cesttoutbien »…

        Alors sachons être au moins un « samsuffit » et souhaitons qu’un jour nous serons en mesure d’en faire au moins autant… Pour le plus grand bonheur de quelques « çameplait »…

        Bien amicalement la tablée;

  • 16. loïc morin  |  16 décembre 2013 à 19:04

    bjr, choum reap souor,

    À mon Commentaire au-dessus ( à 3 x commentaires au-dessus ), et au sujet du Lien, que j’y avais mis:
    j’y ai remplacé les 5 photos qui étaient de mauvaise qualité, par 6 photos d’excellente qualité! Bonne soirée, lea heuy,
    et bonne continuation. ;)

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Subscribe to the comments via RSS Feed


Catégories

Subscribe

Pour recevoir les derniers articles de Vivre au Cambodge par e-mail :

Rejoignez 1 317 autres abonnés

Vivre au Cambodge sur Twitter

Retrouvez ce blog sur

expatriation

Protection contenu


%d blogueurs aiment cette page :