Noël dans un pays pauvre

19 janvier 2011 at 07:56 1 commentaire

Magasins de jouets au Cambodge

Ce n’est pas tout le monde qui a la jouissance de célébration de l’un des symboles de la culture occidentale en terre orientale. J’ai cette année fêté Noël dans un pays pauvre. Noël au Cambodge, pays à majorité bouddhiste ? Le fossé des cultures est parfois cruel quand on incarne le cliché du riche blanc les bras remplis de cadeaux.

 

Je n’avais pas vraiment pensé à cela. Les derniers achats avant l’ultimatum de la célébration de Noël prenaient chaque minute de mon temps. Rien d’autre ne comptait. En Asie, les familles sont larges, et on découvre toujours quelqu’un chaque année, un oncle ou cousin éloigné, une personne de plus à combler.

 

 

Le stress est extrême : il fait plus de 35°C, nous sommes en fin d’après-midi, le 25 décembre. Le diner de célébration approche. Curieusement, les rues de Phnom Penh souhaitent à tous ceux qui empruntent ses artères principales de « Joyeuses fêtes 2010 » et une « Bonne année 2011 ». Mais je n’ai pas le temps de réfléchir à cette appropriation culturelle. Nous sommes dans l’un des rares magasins de jouets de la capitale ; le seul à proposer des jouets aux critères européens (bon état, pas de colorant nocifs pour l’enfant, pas de petites pièces ingérables pour les moins de 3 ans …). Le choix du jouet de l’enfant prend quelques instants, c’est la suite qui va en prendre un peu plus. Au moment de payer, ma compagne demande que le produit soit emballé afin de provoquer l’effet de surprise, de satisfaction ou de déception attendu. Vu que nous sommes dans un pays pauvre, la manœuvre prend plus de 15 minutes (trouver le papier, le ruban adhésif, quelqu’un qui sait emballer, un espace pour opérer …). Il est très difficile pour un couple de Parisien d’attendre. Mais nous ne sommes pas chez nous. Les minutes sont longues, interminables, face à une climatisation qui nous envoie de l’air à 16°C, je commence à avoir froid et ai des pulsions violentes sous la pression des musiques de Noël qui raisonnent dans toutes les galeries du bâtiment. Il m’est difficile de remercier le responsable des cadeaux lorsqu’il me tend fièrement le paquet emballé. Mais le sourire est là, un brin parisien. Le magasin fait pourtant plus de 10% de son chiffre annuel durant le mois de décembre, mais apparemment, la conscience professionnelle n’a pas suivi.

Nous sortons du magasin les bras chargés de cadeaux … mais non je plaisante, au Cambodge, le service est au top, il y a toujours quelqu’un pour vous aider, si vous êtes blanc. Je reprends. Nous sortons du magasin accompagné d’un gardien les bras plein de cadeaux. Notre tuktuk (taxi local) est plein. Nous n’avons a même plus de place pour ranger nos jambes.

Nous sommes sur la route, en direction de la maison dans laquelle nous allons fêter Noël. Durant le trajet, nous nous satisfaisons de nos achats afin de garder le moral et de ne pas craquer face à certains paquets mal emballés ou peu ménagers par certains transports. L’instant est unique : nous allons fêter Noël en chemise et robe légère, c’est une première pour moi. Ce serait comme chercher des œufs de Pâques dans le sable, sur une plage. Mais pour les Cambodgiens aussi le moment est unique : ils voient en vrai ce qu’ils voient tout le temps à la télévision, des blancs, entourés de cadeaux merveilleux qui se dirigent vers une célébration merveilleuse. Ils ne nous manquent plus que les rennes pour ressembler au Père Noël. Nous sommes la petite attraction de la soirée de certains. Je ne peux pas plus incarner ce cliché publicitaire qui me fait tant rire.

 

Est-ce cruel de fêter Noël dans un pays pauvre ? Vous passez, devant ces enfants qui jouent nus dans le caniveau, devant ces familles qui vivent sur le trottoir, devant ces vieux déchirés par le communisme et les lumières de la ville alors que vous, devant ces camions remplis d’ouvrières entassées comme du bétail, vous ne faites que passer, les bras pleins d’argent et de cadeaux, à destination d’un bon repas qui va surement se terminer tard pour enfin vous endormir dans vos draps cousus mains par des femmes sidéens.

 

 

Cruel ? Pas vraiment, j’ai simplement fêté Noël à la source, là où tous les produits que nous achetons en Europe sont faits, là où des milliers de mains emballent des biens qu’elles ne possèderont jamais. J’ai simplement fêté Noël dans un pays qui rend possible notre joie d’offrir à bas prix dans nos petites maisons françaises. En fait, Noël dans un pays pauvre, c’est aller à l’origine de notre bonheur matériel, là où le pauvre satisfait les envies du riche.

 

 

Article publié en partenariat avec le blog Opinion Sur Rue.

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Un commentaire Add your own

  • 1. LGV  |  22 janvier 2011 à 12:25

    J’aime beaucoup ! un brin choquant qui se termine par une conclusion parfaite !

    Réponse

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