Réserve animalière de Phnom Tamao

8 juin 2009 at 17:49 8 commentaires

Phnom Tamao

C’est ce week-end que j’ai visité la plus grande réserve animalière du Cambodge, au sud de Phnom Penh. Mélange de zoo et de safari, à pieds, en moto ou en voiture, petit tour d’horizon du parc en compagnie des amoureux de la nature.

 

Apres avoir fait plus 70 km en direction de Takéo, nous nous arrêtons, nous sommes perdus. Nous demandons notre chemin à des gens au bord la route. Après quelques tentatives de dialogue, nous obtenons enfin l’information : « C’est là-bas ». Notre source est fiable, elle est cambodgienne. Nous faisons donc demi-tour. Nous relisons pour la énième fois nos différents guides du Cambodge quand soudain, il est là, majestueux et peint à la main, le panneau nous indiquant que le zoo, « C’est là-bas ».

Nous roulons encore 6 km sur un chemin sablonneux. Nous sommes près d’un temple. Il fait 40˚C, le sol est brûlant. Sur le chemin, des mendiants jettent de l’eau sur le sol avant notre passage et nous saluent comme si nous étions leurs sauveurs. Je reprends une gorgée d’eau et augmente la climatisation. Nous croisons beaucoup de voitures. L’endroit semble populaire. Nous arrivons à un rond-point. Un homme pointe une direction du doigt en nous précisant : « C’est là-bas ». Parfait. Entrée à tarifs cambodgiens : si tu es Cambodgien, c’est 2$, si tu n’es pas Cambodgien, c’est 5$. Nous tentons de prouver notre appartenance au Royaume. Inutile de discuter : « Moi je fais ce qu’on me dit de faire » nous répond un agent du zoo à chacune de nos tentatives. Nous payons et entrons. Le parc est immense. Nous ne savons par où commencer. Nous nous arrêtons devant l’enclos des cervidés. C’est apparemment par cette première enceinte  que la visite commence. Après avoir entrevu un cerf et un faon, nous entamons les marécages à crocodiles. Ils ne bougent pas. Payer 5$ pour voir de la poterie, moyen, mais c’est la nature, c’est comme cela, il faut respecter le repos de mes futures chaussures. Deux Cambodgiens se sont rapprochés de nous. Ils veulent nous guider pour notre visite. Manque de bol, l’un d’entre eux est muet. Déjà que je ne parle pas Cambodgien, je sens que la communication va être très visuelle. Nous continuons notre parcours. L’enclos des loutres se présente alors à nous. Je m’accoude et regarde tranquillement le balai aquatique de ces excellentes nageuses. Le site est ombragé, à l’écart du bruit, le vent siffle entre les branches, je retrouve l’odeur de l’herbe, le chant de la nature ; je me dis que c’est beau, un dimanche un zoo. « Mmmmh mmmh mmmh. » Le muet essaie de me dire quelquechose. Je ne lui réponds pas, je suis en train d’apprécier l’instant présent. Je reprends. Des feuilles tombent doucement sur l’eau, un faon appelle sa mère, des singes sautillent et observent les visiteurs. « Ting, ti-ting, ting, ti-ti-ting ». L’un des pots de colle pseudo-guide est en train de battre la mesure avec ses ongles sur la barrière en métal. C’est foutu, je n’aurai pas cinq minutes de paix, je ne pourrai pas observer ma loutre tranquille sans être dérangé. Je lui souris, il me sourit, il me gonfle, je sens déjà qu’il va me demander un dollar dans quelques minutes pour ses explications gestuelles du site. La visite se poursuit par un arrêt au bord du lac. Des hérons et autres échassiers sont dans l’eau. Nous avons la chance d’observer une biche entrer dans le bassin parmi les oiseaux. Face à la beauté de la scène, un des Cambodgien qui nous suit tape des mains pour provoquer une réaction. Il a presque réussit, je suis à deux doigts de lui en coller une.

Phnom Tamao_02

Un peu plus loin, un groupe de Cambodgiens pique-nique en écoutant la Macarena. Je suis aux anges, en plus de mettre de la musique à fond dans une réserve animalière, ils laissent à leur départ un superbe tapis de déchets. Nous nous séparons de nos guides.

Nous sommes maintenant face aux cages à singes. Beaucoup de bruit, attroupement, jet de bananes. Léger mouvement de panique, un singe devient agressif. Un bon père de famille intervient. Un genou en l’air, il donne plusieurs coups de poings au primate. L’homme est impressionnant. Il est en short, les mains levées en position d’attaque, chaussettes remontées jusqu’aux genoux, chaussures de ville. Toute sa famille est regroupée derrière lui. On se croirait dans une mauvaise série B. Le macaque s’en va, nous aussi, je suis scandalisé par ce que je viens de voir. Cette réserve est un refuge d’animaux confisqués aux trafiquants et autres braconniers, les animaux deviennent donc rapidement agressifs en raison des états de stress qu’ils subissent et qu’ils ont pu subir auparavant. Mais que voulez-vous, Papa regarde trop de séries thaïlandaises, Papa veut impressionner la smala, alors on excite les animaux avec des bananes, on fait marrer les gosses, et pam, dès que le macaque montre les dents, on le frappe.

Nous reprenons la voiture pour se diriger vers les ours. Le parc accueille, en partenariat avec l’ONG Free the Bears, quelques ours noirs d’Asie ainsi que des ours malais. En complément de l’attraction est proposée une cabane consacrée au braconnage d’ours. Dans la cage d’à côté, un renard attend la mort en faisant des allers-retours, puis deux enclos immenses présentent un lion et un tigre. Les visiteurs locaux, tapent, crient, font du bruit, essaient de provoquer une réaction chez l’animal fatigué. Ma compagne intervient : « Oh ! C’est fini ? Lion pas aimer ça ! » (traduction littérale). Elle se fait insulter en Khmer, tant pis, c’est le geste qui compte.

La visite du parc se termine par la prairie des éléphants. A l’approche des visiteurs, les pachydermes tendent la trompe afin de quêter quelques friandises. En plus d’un garde-fou, un enclos fait de pylônes en béton et de tiges métalliques nous sépare. Sur chaque bloc de béton est écrit : « Ne pas nourrir les animaux » en cambodgien et en anglais. Le même groupe qui criait sur le lion tend maintenant des bananes aux éléphants. Nous émettons la théorie qu’ils sont illettrés et qu’ils n’ont jamais mis les pieds hors de leur cabane. Je les fusille du regard. L’un d’entre eux s’approche de moi et me dit : « Tu veux une banane pour donner aux éléphants ? » dans un anglais parfait. Nous émettons une deuxième théorie cette fois plus catégorique, ce sont des imbéciles heureux.

 

Notre dimanche est maintenant terminé. Nous en avons eu pour notre argent. Nous sommes sur le chemin du retour. Ce parc était superbe, la visite enrichissante et ses visiteurs arriérés. Tout demande une éducation, même la plus simple des visites, le moindre divertissement ludique fait appel à un savoir-vivre, un respect de l’autre, mais surtout de l’attraction et de son site. Les ONG Free the Bears et Wildaid peinent à entretenir le site, mais offrent néanmoins un lieu digne de ce nom. Le Cambodge a fait un pas en avant vers la préservation de ses richesses, malheureusement, la plupart des Cambodgiens n’ont pas encore un niveau de développement permettant une prise de conscience de la diversité naturelle qu’offre leur pays. Encore une fois, une étape de développement a été sautée. Le projet partant d’un bon sentiment, les Cambodgiens vous répondrons : « Step by step », comprenez « étapes par étapes ».

 

 

Pour aller plus loin
Free the Bears
Wildaid
ka-set.info : Un gaur venu de France prend ses quartiers au Cambodge et inaugure une étude génétique unique
ka-set.info : La faune cambodgienne, encore riche mais … en sursis ?
Cambodge Soir : Un singe du Wat Phnom abattu

 

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Le téléphone portable Les joies insoupçonnées du bus

8 commentaires Add your own

  • 1. unefrancaiseabarcelone  |  10 juin 2009 à 05:33

    « être dérangé » , « il me gonfle » , « je suis à deux doigts de lui en coller une » , » ils sont illettrés » , « ils n’ont jamais mis les pieds hors de leur cabane », « ce sont des imbéciles heureux ». « la plupart des Cambodgiens n’ont pas encore un niveau de développement permettant une prise de conscience », « visiteurs arriérés »….
    JB, juste une question, le but de ton blog est-il de faire l’apologie du Cambodge ou de prouver que les habitants de ce pays qui t’accueille sont de gros imbéciles et que heureusement les blancs sont là pour leur apprendre à être des êtres humains ?????
    waou, franchement, je te le dis, OK c’est parfois difficile de vivre au Cambodge, le conflit des cultures est important mais au point de rendre public une opinion aussi extrême et colonialiste ….

    Réponse
    • 2. Jean Mathis  |  6 décembre 2014 à 14:39

      Oui c’est malheureux de lire tout ça. C’est rempli de considérations méprisantes, de suprématie blanche qui fleure bon les colonies. J’habite ici depuis dix ans et je suis choqué par tous ces petits français qui sont incapables de sortir de leur bulle et de prendre du recul et de comprendre et d’aimer cet endroit ou pourtant ils ont choisi de vivre. Jean-Benoit s’est déjà illustré par des commentaires similaire dans un rubrique qu’il tenait dans Le petit journal du Cambodge. J’espère qu’entretemps il a mis de’eau dans son vin car on vieillit mal avec ce genre de regard sur les autres. A un moment donné ça revient vers nous et ça nous mange comme un cancer. Bon, cela dit sans aucun de jugement de valeur sur le personnage.

      Réponse
  • 3. Jean-Benoît  |  10 juin 2009 à 08:19

    Mon blog est clairement une caricature orientée vers la haine ordinaire et le refus égoïste de subir autrui, ici, ou ailleurs. Si tu regardes un peu plus bas, je ne cible pas que les Cambodgiens, mais tire aussi sur toutes les nationalités qui se croisent dans le Royaume.
    Les Cambodgiens ne sont pas des attardés et les blancs sont loin d’être la clé de la réussite du pays. Par contre, on impose à des pays dits « pauvres » ou « sous-développés » des modes de vie et de penser qui ne sont pas les leurs. Alors permet-moi de m’amuser du ridicule de la situation.

    Qu’est-ce qu’ils en ont à faire de l’écologie les Cambodgiens ?

    Réponse
  • 4. clémence  |  10 juin 2009 à 08:45

    A ce sujet, la semaine dernière pour la deuxième fois au Cambodge,a eu lieu « la semaine de l’environnement ». Cet événement est financé par L’ambassade de France et organisé par plusieurs structures, comme l’ONG le GERES …
    A notre grande surprise, les autorités Cambodgiennes, le ministère de l’écologie, qui a été convié par l’ambassade, ne s’est même pas donné la peine de venir à l’événement. Nous Français qui lançons des initiatives « vertes » avons été choqué et déçu.

    Réponse
  • 5. Michael Zwirn  |  7 mars 2011 à 01:20

    Merci pour l’histoire de votre visite – mais savez-vous que l’organisation americaine qui aide Phnom Tamao n’est pas Wildaid – il est Wildlife Alliance. Wildaid ne marche pas en Cambodge. Le site d’internet est http://www.wildlifealliance.org maintenant.

    Réponse
    • 6. Jean-Benoît Lasselin  |  7 mars 2011 à 02:32

      Merci beaucoup pour cette précision.

      Réponse
  • 7. oli  |  18 novembre 2012 à 21:48

    J’ai bien ri,…

    Réponse
  • 8. Boutros  |  29 mai 2013 à 17:32

    Très bon, très bon.
    Il faudrait faire un article entier sur les règlements qui ne sont pas lus et / ou pas respectés par les Cambodgiens, que ce soit au zoo, à la piscine ou au sauna.
    J’ai ma petite théorie là-dessus. Le Cambodgien, quand ses yeux se posent sur une pancarte, ne la lit pas automatiquement. Il doit faire l’effort de la lire. En général, il ne fait pas l’effort de la lire. Nous, on a été dressés à lire tout, automatiquement, ce qui fait de nous d’excellentes cibles pour la pub dans la rue, d’ailleurs.
    Une théorie alternative voudrait que le règlement ait une simple fonction magique. C’est de la pensée magique, qui permet de se couvrir en cas de problème. Exemple : l’éléphant est malade parce qu’on lui a donné à manger. Le responsable du zoo est couvert, vu qu’il avait préparé un règlement. Après, ce qui se passe en réalité, il s’en lave les mains.
    C’est ainsi qu’on voit des règlements qui interdisent la prostitution dans tous les hôtels de passe, dans ce pays. C’est pour se couvrir si la police arrive.
    D’une manière générale, s’il y a un règlement, c’est que les gens font exactement l’inverse.
    C’est pour ça qu’à la piscine du Waterpark, quand je vois écrit « Don’t shit in the pool », je n’essaye même pas d’aller dans l’eau…

    Réponse

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