Accident de moto

24 février 2012 at 14:17 1 commentaire

Il s’agite, accélère, ralenti, double sans raisons, se retourne comme un évadé de prison, klaxonne et cri. Tout s’est passé très vite. C’était sur le chemin du retour, en fin de journée. Je regarde une dernière fois mon costume, déverrouille mon téléphone, compose le numéro d’un ami et pose mes yeux sur la camionnette en face de moi. Je suis à l’arrière d’un motodop, nous roulons beaucoup trop vite.

C’était une fin de journée comme on ne les aime pas, avec encore plein de choses à faire dans des rues débordantes de circulation transpirante sans que personne ne se dise « Tiens, si je laisse passer cette voiture, ça va désengorger le carrefour ». Je sors d’un rendez-vous. Sur le bord de la route, je hèle le premier motodop qui passe. Il s’arrête à mon niveau après avoir fait un gros demi-tour en plein croisement, comme si à cet instant, seule la future la relation commerciale qui va nous lier existait aux yeux du Royaume. En gros, j’ai failli créer un énorme carambolage simplement en levant le doigt. Notez tout de même la rapidité à laquelle nous sommes parfois servit à Phnom Penh, à ce, à n’importe quel prix. Lorsqu’il s’arrête à ma portée, j’ai l’impression d’avoir sauvé un enfant de la noyade. Ses yeux pétillent. Ses oreilles quêtent le moindre mot qui pourrait sortir de ma bouche. Il est tout petit dans son gros manteau, son casque trop grand masque son cou et son pantalon trop court dévoile des chaussettes blanches. Je souris puis lui souris. Je lui donne ma destination. Mais j’ai peur. J’ai peur parce que je me dis qu’il vient de faire demi-tour sans se soucier des autres usagers de la route. Mais comme lui, je décide de tenter ma chance et d’aller à sa rencontre. Je monte à l’arrière, mon nez me fait remarquer que mon chauffeur a beaucoup travaillé aujourd’hui, la moto démarre.

Voilà maintenant plus de 10 minutes que nous roulons et zigzaguons devant, derrière, entre et vers le lieu de d’arrivée. Je constate chaque seconde un peu plus que ma vision de la vie en communauté et plus précisément le partage des voies publiques diverge profondément de celle de mon chauffeur. Bien que le débat fasse rage dans ma tête, je préfère garder mon cheminement intellectuel pour moi car je suis en situation de stress. Je vérifie encore une fois la sangle de mon casque, la fermeture de ma sacoche et ferme l’unique bouton de ma veste. Je suis à l’arrière d’un motodop, nous roulons beaucoup trop vite.

Ca va vite, trop vite, et je commence sérieusement à me poser des questions sur l’espérance de vie que s’offre mon collaborateur d’un instant. Nous tournons subitement sur la rue Pasteur. Ca va toujours aussi vite. Mon chauffeur fonce, j’ai peur pour les sorties d’écoles. Nous évitons de justesse un 4×4, puis un tuktuk, nous passons un croisement sans ralentir. Je regarde une dernière fois mon costume, déverrouille mon téléphone, compose le numéro d’un ami et pose mes yeux sur la camionnette en face moi. Je suis à l’arrière d’un motodop et demain je verrai voir le soleil se lever. Je dresse mes jambes, je quitte l’assise de la moto, prends ma sacoche dans mes bras, je peux maintenant lire très distinctement les chiffres de la plaque d’immatriculation de cette camionnette … ça y est, j’ai sauté.

Le choc est violent. Après quelques pas semblables à l’athlète qui vient de franchir la ligne d’arrivée du 100m, je reprends mon souffle et regarde mon chauffeur relever sa moto. Personne n’est blessé mais j’ai tout de même abimé le cuir de mes chaussures. J’ai sauté de la moto pour laisser fuir mon prochain vers un destin qu’il refusait d’admettre. Je le regarde, il me répond en souriant : « Sorry, no breaks today ».

Ce que je ressens à cet instant pourrait être développé dans l’une de mes prochaines chroniques. Mais j’ai conclure sur cette phrase empruntée au film Les Bronzés font du ski et que j’ai personnellement réajustées à la sauce locale spécialement pour ce chauffeur : « Mon frère, t’es bouleversant de connerie ».

Article publié dans LePetitJournal.com LPJ_Logo

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Noël loin de chez moi Monsieur Kim

1 Commentaire Add your own

  • 1. LGV  |  22 mars 2012 à 23:53

    Pfuit ! Pas passé loin ! La vie a PP me semble bien dangereuse…

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