L’incontournable femme de ménage
1 décembre 2011 at 09:40 4 commentaires
La bonne, la femme de ménage, la maid … notre bouche regorge d’une bonne dizaine de noms pour qualifier celle qui nettoie et range notre morceau d’hexagone. Elle est l’un des sujets de conversation préféré des expatriés car elle est notre première confrontation à la culture locale dans l’intimité. Avoir une femme de ménage au Cambodge, c’est comme avoir du pain dans sa cuisine en France, on n’y pense pas vraiment, mais quand il n’y en plus, on est un peu perdu.
La fée du logis cambodgienne est un grand sujet adoré des Français du Cambodge : « Alors la bonne, hier, elle m’en a fait une belle ». Je ne compte plus le nombre de conversations qui commencent ainsi. C’est presque devenu une politesse de se raconter ses histoires de chemises brulées et télé allumé durant les heures de travail avec la climatisation au maximum fenêtres ouvertes.
J’ai grandi dans l’Asie à travers ma grand-mère, une petite femme vietnamienne aux cheveux blancs qui n’hésite pas à sortir les couteaux et autres armes blanches traditionnelles lors des repas de familles pour toujours mieux illustrer l’aventure du Mékong et les atrocités communistes. Si j’ai bien compris l’Asie, c’est en gros une fourmilière en forme de pyramide. Chacun à son rôle et contribue au rayonnement de tous sans poser de question. Autrui n’existe pas, c’est le groupe qui prévôt. Sempiternelle réponse de ma grand-mère à mes grands questionnement sur l’universalité des droits de l’homme dans le tiers-monde : « C’est des pauvres, c’est comme ça ».
Quand j’ai emménagé à Phnom Penh, le propriétaire de l’appartement que j’occupais m’a tout de suite proposé sa fille pour faire le ménage chez moi. Alors que mes valises n’avaient pas encore embrassées le superbe carrelage à motifs roses du salon, la question était déjà abordée. C’est vous dire à quel point le sujet est important. Ne pas avoir de femme de ménage au Cambodge, c’est la loose, t’es un gros pauvre, bref, tu n’es rien si tu n’as pas au moins une personne socialement en dessous de toi pour te servir.
La bonne, c’est cette dame qui vient tout les matins chez moi. Elle vit dans 3m² carrés miteux en banlieue de la capitale, risque sa vie au quotidien pour venir chez moi sur son petit vélo que je lui ai acheté parque ce quand même la pauvre avec ses claquettes et ses cinq enfants et puis son mari qui la besogne au dessus de la bassine d’eau pleine de maigres légumes le soir quand elle rentre pour préparer le diner. Ca, c’est ma vision de blanc avec mon cerveau d’européen. La bonne, de son côté, elle travaille pour un blanc très riche qui vit dans un luxueux appartement avec la climatisation et une machine à laver. En plus, il a une salle de bain et il paye super bien et même qu’il lui a payé un vélo. Ajoutez à cela qu’il lui donne des vacances et des petits extras avant les fêtes bouddhistes.
Voilà, avoir une femme de ménage à la maison, c’est ça. C’est avoir quelqu’un qui ne fait pas que le ménage : c’est une confrontation constante des cultures et des points de vue. « Pas de télé ? Ouuuuuuh, ce n’est pas bien. », « Pourquoi Jean-Benoît aller au travail en motodop comme les pauvres ? », « Pourquoi Jean-Benoît vouloir moi aller au marché avec les Cambodgiens alors que supermarché pour les blancs avec la climatisation ? ». Je l’aime bien ma femme de ménage. Elle me fait comprendre que j’ai rien compris à la société cambodgienne, elle me rappelle souvent à l’ordre, ce que ma couleur de peau et mon statut social m’autorise et m’interdit. Mais elle non plus elle n’a pas vraiment compris pourquoi j’aime marcher et aller passer mes week-ends en campagne.
Ma bonne, même si elle a collé des autocollants d’hérissons oranges qui sourient en disant « I miss you » sur mes murs blancs de ma cuisine ou même si elle n’a pas repassé le pantalon que je devais mettre ce matin pour aller dans un hôtel de luxe rencontrer un client, je l’aime bien. C’est drôle, j’ai beau me monter la tête tout seul à me répéter : « Non mais je rêve ! » devant le sol poussiéreux du salon ou mon lit mal fait, rythmé par des « Alors là, là … va falloir que je lui parle à celle-là ». Au final, quand j’entends tourner la clé dans la porte d’entrée et que je vois son petit sourire innocent lorsqu’elle retire ses sandales, ben je souris aussi et me dis que « bon, ça va pour cette fois » et je lui montre gentiment ce qu’il faire et arrêter de faire.
Voilà maintenant des années que je vis à Phnom Penh et j’en suis maintenant à ma troisième femme de ménages.
Une femme de ménage qui part, c’est une femme qui vous quitte. On se souvient de sa cuisine, on pense parfois à l’appeler pour savoir ce qu’elle devient, on l’imagine parfois se promener dans l’appartement. Sauf que sa maid, on peut l’engueuler comme du poisson pourri, khmer style. Mais moi, je n’aime pas crier et puis oui je l’avoue, parfois je laisse faire, même si je suis un blanc très riche qui s’habille en costume pour travailler dans un bureau et qui vit dans un appartement de luxe avec un frigo et des fenêtres. J’ai vraiment encore beaucoup à apprendre de mon statut social, et pour ça, je compte sur elle.
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1.
mazzaggio laurent | 21 décembre 2011 à 09:04
Salut Jean-Benoît, j’avais déjà lu quelques-uns de tes articles puis j’avais oublié le nom du blog, tout et tout… Cette nuit je l’ai retrouvé et j’en suis bien content.
J’aime beaucoup le ton et l’écriture. Nous allons passer deux grosses semaines à PP fin février. Puis nous avons l’intention d’y résider à partir de la rentrée… Alors évidemment j’ai pas mal de questions à te poser. En particulier sur ce que tu penses des orphelinats, de l’humanitaire. Pour ma part j’ai déjà pas mal la nausée sur les regards occidentaux là-dessus, mais nous sommes engagés dans une aventure qui mérite d’être racontée et c’est vers toi que je me tourne. Pour cela je te donne mon mail, mon nom et j’espère te lire bien vite. En attendant passes de belles fêtes. A bientôt.
2.
chabi | 2 février 2012 à 00:13
bonsoir il faut combien d argent pour un appartement correcte j ai mille cinq cent euro par mois sa suffi pour vivre au Cambodge pour une personne seul qui est raisonnable
3.
Défenseur de l'orthographe | 2 février 2012 à 05:21
Avec 5 000€/mois, tu pourras même t’acheter la nouvelle édition du Bescherelle.
4.
Thierry | 7 février 2012 à 23:47
Bonjour,
amoureux du Cambodge, je passe de plus en plus de temps à PP et en province en espérant y trouver ma place. Oui, vraiment cela remet les idées en place… grâce à “elles” mon statut me semble tellement “plus que supportables”.
At mirn propôn? Est la question que l’on me pose le plus souvent :).
A se rencontrer par hasard à PP. Je ne recherche pas vraiment les barangs, mais je me retrouve très bien dans ce blog.
Merci donc d’exprimer aussi bien ce choc culturel…