Lettre aux lecteurs
1 novembre 2011 at 03:47 4 commentaires
Chers amis lecteurs, vous êtes de plus en plus nombreux à me lire et je ne vous en remercierai jamais assez. Quoi de plus dramatique pour un chroniqueur de ne pas être entendu. J’ai souhaité pour notre rendez-vous mensuel vous parler face aux multiples commentaires et débats que mes chroniques provoquent à chacune de leurs publications.
Mes chroniques sont nées voilà plus de 2 ans. Elles sont le fruit d’une l’observation de l’environnement local à travers mes yeux d’expatriés. Si j’ai fais le choix de vivre au Cambodge, c’est avant tout pour le regard d’une fille pour qui j’aurais traversé plus d’un océan. Et pour la deuxième fois de ma vie, je suis tombé amoureux en atterrissant à Phnom Penh. Certes je connaissais déjà un peu l’Asie ayant grandi aux côtés d’une grand-mère vietnamienne. Sur la route qui me menait vers le centre de la capitale du Royaume du Sourire, tout m’a tout de suite plu, rien ne m’a choqué ou impressionné. J’ai tout de suite senti que j’allai bien m’entendre avec ce pays en développement.
Les années ont passé, j’ai rencontré des dizaines de Khmers et d’étrangers et chaque jour est un nouveau cadeau que le Cambodge me fait. Bref, j’aime ce pays, j’aime traverser ses rues et ses campagnes, j’aime les gens avec qui je travaille, j’aime les paysans que je croise, j’aime les commerçants de mon quartier, j’aime le riz, j’aime les buffles, j’aime mes motodops et tuktuks.
De nombreux lecteurs assidus de mes chroniques m’interpellent souvent en fin de lecture, dans leurs commentaires, dans la rue ou en soirées. J’aime débattre, discuter et refaire le monde et je pense que sur ce point, nous nous sommes compris et je passe parfois des heures à tenir le bar avec mes détracteurs. La première des critiques que je reçois est la suivante : « Si tu étais un bon journaliste, tu irais au bout des choses, tu irais comprendre pourquoi, tu enquêterais et tu nous expliquerais ». A ceci je réponds que je ne suis pas journaliste mais chroniqueur. En effet, ce n’est pas ma profession. Mes chroniques ne sont que de simples caricatures d’une réalité que je prends souvent en pleine face sans parfois essayer de comprendre, parce que oui, moi aussi parfois, je n’ai pas le temps de m’arrêter pour parler à ce mendiant qui est là en bas devant le Palais Royal depuis des années, ou parce que non, je ne veux pas t’acheter de marijuana, toi le jeune de 20 ans qui tous les soirs me voit passer devant ton nez sans vraiment se souvenir que le blanc qui habite là, ben il ne fume pas de drogue, parce que oui, la réalité me fait trop peur, peur de comprendre, peur de perdre espoir dans l’homme en puisant trop profondément en lui.
Autre critique, celle du ton souvent utilisé : « JB, tu es condescendant ». Oui, je sais, je suis parfois condescendant dans mes écrits, par pure recherche de style littéraire, par amour des mots, du jeu de langages, de pirouettes lexicales, parce que Pierre Desproges est mon idole, parce que j’aime plaisanter de ce qui est interdit et parce que nous nous battons tous pour la liberté d’expression. Il faut comprendre qu’après 3 ans au Cambodge, certaines choses irritent, gâchent le paysage, parce que le tas de poubelles qui pue le cadavre en putréfaction dans ma rue cache de plus en plus la Sales Executive cambodgienne qui travaillent à mes côtés et qui me donne toujours plus d’espoir dans son pays par sa persévérance dans le travail, sa volonté d’avancer, son humour décapant et son acceptation du destin. Rappelez-vous chers amis que mes écrits se lisent au second degré, parce que le Cambodge est le pays du sourire et que parfois, face à l’enfant qui dort dans la rue ou en croisant le regard de la prostituée de 15 ans, je n’ai pas le droit d’éprouver de la pitié, j’ai le devoir de garder le sourire. Je n’ai pas le droit d’insulter ces gens par mes yeux remplies de tristesse car eux n’ont surtout pas besoin de mon argent ni de mes jugements qui leurs feraient perdre la face. Eux me sourient du haut de leur misère, alors je ne vais surtout pas verser une larme devant le Cambodge qui se bat au quotidien pour rester digne.
Vous êtes aussi très nombreux à me féliciter pour des propos décalés qui allègent un quotidien parfois insupportable, loin de sa culture. Oui mes propos sont, et je le répète, une plaisanterie, un cri nécessaire parce que la réalité cambodgienne parfois, a besoin de sortir, d’être critiquée. Nous avons décidé de vivre ici pour de multiples raisons mais surtout par amour du pays, et cet amour nous oblige souvent à avoir un regard plus exigent que le touriste ou l’hirondelle de passage en extase devant des enfants qui jouent du xylophone.
Phénomène nouveau, j’entends de plus en plus que certains voudraient me « passer à tabac », « faire la peau » ou autres formules de politesse qu’un être humain adresse à son semblable lorsque les mots viennent à manquer. A ceux-là, je les invite à me rencontrer autour d’une bonne table et je suis sûr et que nous échangerons des sourires au fil de la discussion car nous avons au moins deux points commun, nous lisons Le Petit Journal et nous aimons le Cambodge, ce qui fait de très bonnes bases pour de longs débats. Et puis, ce n’est pas un coup de poing dans la figure ou un coup de couteau dans le dos qui va me faire taire, bien au contraire.
Je ne prends surtout pas pour Salman Rushdie ou autre Aung San Suu Kyi, mais franchement, montrons-nous une image positive de nous-mêmes et de notre culture en voulant frapper celui dont la blague ne nous convient pas ? Je ne pense pas et vous êtes de mon avis. Non je ne méprise pas dans mes articles, je caricature. Non je n’ignore pas la pauvreté et la détresse du pays, j’écris sur elle. Non je ne suis pas un néo-colon, je joue simplement de mon personnage. Je comprends que l’on ne puisse pas rire de tout avec tout le monde, simplement moi, ma meilleur arme, c’est de faire des satires quand je vois la fin du monde, d’écrire au second degré quand la détresse sociale n’a plus de limites, et d’épuiser le clavier toujours et encore parce qu’on ne parle jamais assez du Cambodge si ce n’est que pour faire des papiers déjà lus sur la corruption et le tribunal Khmer Rouge.
Chers amis lecteurs, encore mille fois merci pour vos clics, commentaires et discussions que vous m’offrez. Je suis chaque mois très heureux de pouvoir échanger avec vous sur le Cambodge. Ecrire sur ce et ceux que j’aime et qui fait et font mon quotidien est important. Nous sommes tous les témoins d’une nation qui se développe à grands pas. Ne cherchons pas à nous attaquer ; hier soir encore, j’étais en boîte de nuit et j’ai vu qu’une bagarre c’est moche, choquant et violent, parce qu’en habitant au Cambodge, nous ne sommes plus habitués aux bassesses des gifles mais plutôt aux bienfaits des sourires. Souriez, vous lisez le blog de Jean-Benoît.
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1.
Christine | 1 novembre 2011 à 09:12
Merci pour toutes ces chroniques
2.
Jean-Marie | 2 décembre 2011 à 17:39
merci
3.
capella | 7 janvier 2012 à 18:37
Excellente réaction!
Il est heureux que, malgré tes détracteurs, tu tiennes le cap ( Les idées sont au dessus de la force!); comme on s’instruit avec le temps, Ils finiront bien par comprendre l’aspect positif et rationnel de ton personnage… (sauf s’ils n’ont réellement aucun humour.:-( )
Vivement les prochaines chroniques!!!
4.
Uk | 13 février 2012 à 20:46
BRAVO (chaiyo) Jean-Benoit
Ton blog me plait énormément.
Tu as cent pour cent de mon soutien dans tes récits.
Tu es un homme libre.
Merci.
Un Khmer de France.