Soirée karaoké

30 juin 2011 at 10:07 4 commentaires

photo karaoké Phnom Penh Cambodge

Vous y êtes allés au moins une fois dans votre vie si vous aimez l’Asie car c’est une véritable institution. Le karaoké se pratique entre amis, en famille, entre collaborateurs, en couple voir même seul pour les plus passionnés. Il y a quelques semaines de cela, c’est entre amis que nous y étions. Une soirée karaoké, c’est comme une récolte de riz, on ne sait jamais ce que ça va donner.

 

La première fois est toujours un baptême. C’est le cas de certains dans le groupe. Le complexe dans lequel nous nous rendons à pignon sur rue et porte un nom qui nous rappelle Paris.

Nous entrons en équipe. Un agent de sécurité nous ouvre une première porte, une deuxième et enfin une troisième. Nous sommes maintenant face à d’interminables couloirs. L’atmosphère musicale s’entrechoque, traverse les murs des salles du rez-de-chaussée déjà pleines. A ce fond de brouhaha s’ajoute les premières hôtesses, assises entre elles sur un bord de chaise, un coin de table basse. Elles attendent, discutent, tripotent leurs portables. « Qui sont toutes ces filles ? » demandent l’une d’entre nous. Les plus intégrés dans la société khmère répondent que ces jeunes demoiselles peuvent constituer un élément de divertissement supplémentaire pour une clientèle locale ou internationale. Nous prenons les escaliers du bunker enchanté en direction de notre salle.

Plus nous progressons dans les étages, plus les plafonds se font bas, tout comme l’ambiance qui se dégage de certaines salles de karaokés entrouvertes. Le personnel du lieu nous dirige vers notre salon. Nous entrons : c’est une petite salle dont le décor laisse à penser qu’il y a eu une volonté du décorateur de donner un coté urbain branché à la pièce. Les agents d’accueils s’activent pour mettre en route notre outil principal de divertissement. Les premiers essaient de micro paraissent plutôt concluant. Notre groupe s’installe sur de confortables canapés. Une hôtesse vient à nous. Elle porte un tailleur argenté très brillant rappelant que nous sommes au Cambodge. Elle est toute boudinée dans son costume de travail. Impressionné par son accoutrement d’un autre univers, je regarde ses chaussures : les talons sont très hauts, ses doigts de pieds glissent continuellement vers la sortie frontale laissant apparaitre une coquetterie cambodgienne que sont de longs ongles de pieds vernis, ici de couleur pourpre. La main droite tendue vers nous, paume vers le ciel, elle nous demande ce que nous souhaitons boire dans un anglais très correct. L’une d’entre nous souhaiterait boire une liqueur de whiskey irlandais. Très bonne idée, je vais en prendre une moi aussi. On nous fait remarquer que cela ne sera pas possible, que le lieu, malgré son impressionnante infrastructure et la prétention de son nom, n’a qu’un bar très limité. Finalement, la commande passée, je demande s’il est possible d’avoir quelques jus de fruits avec l’alcool commandé. L’hôtesse fronce les sourcils et me répond que « Noooon ! », que cette boisson n’est aussi pas disponible. Je sens l’agacement monter en elle. Quelques premières chansons font leur apparition sur l’écran afin de lancer la soirée et pour nous inciter à choisir dans le répertoire proposé ce que nous souhaitons chanter. Une salle et son équipe sont à notre entière disposition. Le karaoké peut commencer.

Des livres de chansons grossièrement imprimés posés sur les genoux, stylo et crayons à la main, nous marquons les numéros des chansons que nous souhaitons chanter sur de petits bouts de papier. Les boissons arrivent. Alcool forts et sodas. Deux grosses glacières sont posées devant nous. La seconde hôtesse, elle aussi apparemment fan de costumes de scènes nous remplit nos verres de glaçons. Les chansons ont déjà commencé, nous nous arrachons les micros, chacun veut un couplet du célèbre « Hotel California ». Après 20 minutes, nous remarquons que de nombreuses chansons diffusées ne correspondent pas à nos choix. Nous demandons aux hôtesses d’entrer nos chansons dans le panneau de commande. Nous comprenons alors que sur nos petits papiers, seuls les premiers numéros sont entrés dans l’ordinateur. Nous reprenons. Soudain, un téléphone sonne à en faire vibrer les murs, détournant l’attention de tous vers le récepteur. C’est le téléphone fixe de notre salle. Une hôtesse se lève pour répondre. Je peux sentir dans ses pas le poids de l’agacement. Je la comprends tout à fait, nous venons d’être dérangés. La deuxième hôtesse se retrouvant seule dans le coin de la salle, se lève pour resservir des glaçons et encore des glaçons. Nous en profitons pour lui proposer de régler quelques détails sonores techniques comme réduire le treble, enlevé de la reverb et baisser un peu le volume. Le regard perdu, elle fixe le seul Khmer de notre groupe afin d’obtenir la traduction de ces mots impossibles. Même sa langue natale ne peut l’aider à accéder à notre requête. La première hôtesse raccroche le téléphone après avoir parlé de façon très expéditive et froide à son interlocuteur. Elle se joint à la seconde hôtesse afin que nous reformulions nos propos. La main droite tendue vers nous, paume vers le ciel, elle nous demande : « Puis-je vous aider ? ». Elle aussi ne parvient pas à nous satisfaire, cependant, elle nous fait comprendre en nous tournant le dos et en se redirigeant vers le téléphone fixe qu’elle va faire appel à une tierce personne. Quelques minutes plus tard, un membre du personnel entre dans la salle. La main droite tendue vers nous, paume vers le ciel, il nous demande : « Puis-je vous aider ? ». Nous répondons que oui, reformulons une troisième fois notre souhait. Il nous fait comprendre en nous tournant le dos et en se redirigeant vers la porte d’entrée qu’une quatrième personne va intervenir. La porte entrouverte, la tête dans le couloir du complexe, il se met à crier dans un Khmer très autoritaire et puissant afin qu’un technicien soit appelé. La deuxième hôtesse, ne désirant pas avoir l’air inactive, se lève à nouveau pour nous resservir des glaçons et encore des glaçons. Problème, les verres sont pleins et les boissons débordent presque. Elle s’excuse et se rassoie dans un coin de la salle, près de l’ordinateur. Un peu perturbée par cette prise d’initiative brisée par la lenteur de notre consommation de glaçons, elle sort son téléphone portable et se met à pianoter. Un technicien entre. Il ouvre un placard situé sous la télévision et commence les réglages. Nous lui faisons remarquer qu’il serait préférable que nous le guidions afin de coller au plus près de nos attentes. Pendant ce temps, la première hôtesse rejoint la seconde. Toutes les deux assises, le dos courbé, la première regarde l’écran de téléphone de la deuxième. Les détails techniques enfin réglés, nous reprenons. Les chansons s’enchainent, les glaçons aussi. Le karaoké touche à sa fin. Nous commandons l’adition. Le mot est à peine prononcé qu’une violente lumière blanche vient déchirer l’atmosphère tamisée de notre charmante salle de divertissement. Je me tourne vers l’une des hôtesses, mes yeux s’adaptent peu à peu à l’intensité de la lumière, elle a la main droite tendue vers moi, paume vers le ciel, elle me demande de patienter un peu. Les prestations payées, nous sommes raccompagnés en ministres vers la sortie et nos voitures respectives. Nous chantons encore nos plus belles chansons les bras ouverts, les yeux fermés, le mentons vers les cieux. Nous avons tout donné, les voies s’éteignent, il est l’heure de rentrer.

 

Une soirée karaoké est souvent une bonne soirée : chanter entre amis, en famille les classiques que l’on adore, découvrir des clips vidéos racistes ou sexistes, danser, se lever pour s’arracher le micro, voler quelques notes de cette chanson que l’on pense connaitre par cœur et à la perfection. Oui, pour une vraie soirée au Cambodge, une soirée typique et réussie, le karaoké reste une valeur sûre.

 

Article publié dans LePetitJournal.com LPJ_Logo

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Le Street Cooking De l’importance de paraître

4 Commentaires Add your own

  • 1. Fabrice  |  2 juillet 2011 à 22:16

    Bonjour,

    Je trouve votre blog très inintéressant et je l’ai ajouté dans la liste des liens de mon site ( http://fabricechaix-photographie.com/ ).
    Merci de me dire si vous vous y opposez.
    Cordialement.

    Réponse
    • 2. Jean-Benoît Lasselin  |  2 juillet 2011 à 22:29

      Vous êtes bien le premier à vouloir ajouter mon blog à votre site sachant qu’il ne vous intéresse pas. Je salue l’initiative et ne m’y oppose aucunement.

      Réponse
  • 3. Fabrice  |  3 juillet 2011 à 17:22

    Merci et désolé pour la faute de frappe…

    Réponse
  • 4. LGV  |  3 juillet 2011 à 19:59

    belle histoire de soirée. es-tu déjà resté après la musique ? moi jamais…

    Réponse

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